Trente ans. Deux mots au premier abord anodins qui sonnent comme une menace. « Si tu continues à fumer, à trente ans, tu auras le teint aussi gris que la façade de l'immeuble ; si tu ne finis pas ta maîtrise, à trente ans tu vivras encore dans un studio… » À force de l'entendre, on y croyait autant qu'au loup-garou ou à la bête du Gévaudan. On était fermement ancré sur la planète jeune, ses Converses aux pieds et sa crise existentielle bien en vue.
Jusqu'au jour où l'on se réveille un matin à priori comme les autres et que l'on aperçoit quelque chose du coin de l'œil. On croit d'abord à une illusion d'optique et on se recouche pour la journée en se faisant porter pâle quand on se rend compte que ce sont bien des pattes d'oie que l'on voit là. Et c'est alors que l'on réalise que si le Père Noël n'existe pas, nos trente ans, eux sont bien là, prêts à nous tomber sur le coin de la figure.
Alors que le jour fatidique approche, on est tiraillé entre l'idée d'organiser une énorme fête avec cotillons, tequila et Chippendales (bon, ça c'est juste moi, mais j'ai le droit de rêver quand-même) et l'envie de se terrer une semaine dans un ashram au fin fond de la Creuse en attendant que la tempête se calme. Car l'alternative de passer ce jour fatidique en toute sérénité est tout simplement impossible. Entre les coups de fils des copines plus jeunes qui, comme des vautours autour d'une carcasse fraîche, vous appellent pour savoir « ce que ça fait », et celles, plus âgées, qui essayent de vous consoler sans que vous ne leur ayez rien demandé, vous voyez avec désespoir votre sillon inter-sourciliaire se creuser et commencez à vous demander si les effets secondaires du botox peuvent vraiment être si terribles que ça. Sans compter, évidemment, la petite attention de maman, qui vous demande avec une petite pointe d'angoisse dans la voix si c'est vraiment définitivement fini avec Albert (sous-entendu : dans ce cas, le temps que tu retrouves un homme, que tu t'installies avec… je ne suis pas grand-mère avant au moins deux, trois ans).
Et puis le jour J arrive et il se passe… ben rien. Petit à petit, on se rend même compte que trente ans, ce n'est finalement pas si mal.
Voici 17 bonnes raisons de vous faire souffler ces trente bougies le cœur léger (et celles qui ne sont pas d'accord ont tort) :
1/ On a acquis une certaine sérénité. Même si on ne sait pas encore ce qu'on veut, on sait exactement ce qu'on ne veut pas… et on se dit que le temps fera le reste. On se fait confiance, on fait confiance à la vie et on arrête de s'angoisser pour des détails (c'est bien connu, le stress, c'est mauvais pour la peau).
2/ Paradoxalement, on vit aussi dans l'urgence. On n'a plus de temps à perdre. Ce job de prof de français au Japon dont on rêve depuis des années, on va peut-être finir par se décider à aller le demander. Le bonheur n'est plus pour demain quand… (insérer votre rêve le plus fou), mais pour aujourd'hui, à portée de main. On comprend enfin que ce serait vraiment dommage de ne pas en profiter.
3/ On ose lancer ses quatre vérités à son boss…(mais tout en douceur). Parce que, comme on part au Japon, et qu'en plus, on vient de décrocher une bourse pour étudier l'histoire du thé, ses 45 euros d'augmentation, il peut gentiment les mettre au chaud où on pense. D'ailleurs, la machine à café, il est assez grand pour la trouver tout seul, et la fabuleuse idée de confier le budget publicitaire à Shmoll & Associates, elle ne vient pas de Jean-Marc, la soi-disant star d'HEC, mais de nous ! Et que si, après tout ça, on décide de rester, c'est pour un plus grand bureau, un vrai salaire et toute la reconnaissance que l'on mérite pour notre talent.
4/ On gagne assez d'argent pour ne plus partir en camping chaque année à Juan les Pins avec Lulu et ses cousins, mais s'offrir dix jours aux Caraïbes en plein mois de février. On passe aussi d'Ikéa à Habitat. Et du kébab aux tagliatelles au saumon.
5/ On plait plus aux hommes… plus âgés. On ne se contente plus de s'asseoir là comme une petite biche perdue au milieu des loups, en attendant d'être dévorée toute crue. On arrive en terrain de chasse. Le nôtre. On connaît nos atouts, les regards qui attirent et les sourires qui achèvent. Et quand il nous arrive encore de rougir, c'est exprès, en toute connaissance de cause (le top du top, c'est infaillible).
6/ On plait plus aux hommes (bis)… plus jeunes qui, contrairement aux trentenaires et aux quarantenaires, ne gâchent pas leurs érections par de vains problèmes identitaires ou professionnels. Ils sont beaux, ils sont frais et enthousiastes et pleins d'amour à distribuer sans modération. Et nous, on sait recevoir ; parce qu'en plus d'avoir eu jusque-là une vie palpitante et des expériences uniques qui les feront fondre d'admiration (franchement, qu'est-ce qu'elles connaissent à la vie, les minettes de 20 ans ?)…
7/ On est une bête de sexe. Normalement, on connaît l'orgasme, on a repéré son point G, les papouilles qui nous font grimper aux rideaux et celles qui nous laissent de glace. On sait communiquer, mine de rien, à Alfred que, la langue au fond de l'oreille, on n'est pas fan. On s'intéresse au tantrisme et au Tao du sexe et on a même trouvé une ou deux techniques qui n'existent pas sur les manuels. On fait l'amour sans retenue, et sans se demander si notre cellulite est plus visible dans la position de la toupie.
8/ D'ailleurs, on arrête les régimes yoyo. On comprend enfin que, quoi que l'on fasse, et même en engloutissant un kilo d'ananas pseudo-brûleurs de graisse après, un pot de Nutella, ce n'est vraiment pas bon pour la ligne. On se met alors aux pilates, terriblement tendance, et on redécouvre les légumes.
9/ On sait mettre en valeur ce que l'on a. Les jeans taille basse, pour les poignées d'amour, même mini, c'est pas génial. Par contre, grâce aux cours de step, on n'hésite plus à mouler ses jambes interminables dans une paire de bottes à talons aiguille. On arrête aussi les mauvaises décolorations (on peut désormais se payer un bon coiffeur, cf plus haut) et les tops à la mode qui nous écrasent la poitrine plus qu'autre chose. On préfère la petite touche d'originalité qui nous différencie des autres. Parce que le rouge, même s'il faut oser, ça nous va quand-même à tomber.
10/ On a abandonné ses illusions, mais pas ses rêves. Si on sait que, bon, on est peut-être un peu trop vieille pour participer à la Star Ac' et devenir Madonna, il n'est jamais trop tard pour changer un petit bout du monde, militer pour Greenpeace, devenir écrivain ou danseuse du ventre. Au passage, on arrête d'ailleurs d'écouter les aigris de la vie qui se font un plaisir de nous prouver que ce n'est pas possible.
11/ On est rebelle… différemment. Oh, on ne va pas révolutionner le monde, et faire tourner sas parents en bourrique, ce n'est vraiment plus très drôle. Mais on défend les causes auxquelles on croit, à notre petit niveau. On se rend compte que les petits pas font les grands combats. Alors on tient tête à ceux qui tentent de nous écraser, on refuse de se trouver trop bête, trop grosse, trop moche. Et on dit gentiment ce que l'on pense au videur qui refuse de laisser entrer Momo.
12/ On connaît les joies de la maternité. On met en route le premier, voire le deuxième. On s'extasie parce qu'il nous ressemble tellement avec sa petite fossette au menton. On ne fait plus la grasse matinée, mais on a l'impression d'avoir créé le premier enfant qui marche et qui parle. Et puis, il est tellement mignon sur les genoux de son papa. Bon, pour celles qui ne connaissent pas ces joies (moi), on a toutes autour de nous quelques bambins qui nous font craquer … et quand ils piquent des crises de nerfs, on se dit qu'il n'y a aucune raison de s'angoisser et qu'il vaut mieux profiter des longues nuits de galipettes pendant qu'on le peut encore.
13/ On devient enfin adulte. Bon, il fallait que je la mette, celle-là, mais personnellement, je ne sais toujours pas ce que ça veut dire.
14/ On sait que Charles-Henri n'est pas l'homme de notre vie. Même si on est folle de sa tablette de chocolat, on se rend bien compte que les week-ends peinturlurée aux couleurs du PSG, ce n'est pas vraiment notre truc. En plus, il aime la campagne et nous la ville. Enfin, on n'a pas le cœur qui bat quand on l'aperçoit. Donc, on n'attend plus désespérément près du téléphone qu'il nous rappelle en se demandant ce que l'on a bien pu dire pour le faire fuir. S'il décide que l'herbe est plus verte ailleurs, tant pis pour lui. De toute façon, on n'était pas fait l'un pour l'autre. À 30 ans, on n'a plus le temps de pleurnicher en regardant avec amour les chaussettes sales qu'il a oubliées sous notre lit. On passe au suivant. Dans la joie et la bonne humeur. On peut même rester potes, parce que, question plomberie, Charles-Henri était quand-même impressionnant.
15/ On ose. Les après-skis en fausse fourrure, les Adidas bleu fluo, glisser son numéro de téléphone à un inconnu, gentiment signaler au serveur que s'il souriait, juste une fois, ce ne serait pas du luxe. Bref, on dit ce qu'on pense et on fait ce que l'on veut. Même si on passe pour une excentrique. Parce qu'après tout…
16/ On s'aime comme on est. (si si..)
17/ Enfin, last but not least, on n'a plus 20 ans. Évidemment, on perd l'insouciance, les seins en pomme (quoique…) et la liberté de manger des pâtes au beurre dans sa chambre de bonne en refaisant le monde avec ses copines de fac. Mais on perd aussi l'acné, les crises existentielles qui vous ravagent les tripes et vous poussent à hurler votre douleur à la lune en vous prenant pour Verlaine. On laisse aussi derrière soi les erreurs soi-disant formatrices, les hommes qui couchent avec vous et ne vous rappellent pas, les claques dans la figure et, quelque part, tout ce qui fait de nous la femme que l'on est. Et si la culture est ce qui reste quand on a tout oublié, pour moi, avoir trente ans, c'est ce qui reste quand on a assez pleuré. Que du bonheur. Sur ce, excusez-moi, mais il faut que j'aille préparer mes bagages pour mon week-end à Rome avec mon nouveau chéri.
Ah, j'oubliais… bon anniversaire à toutes les trentenaires !
2 commentaires à cet article.
C'est chouette de voir les extrèmes tout en bas, quand meme.
Shehelène ?